[TESTS] Autolyse : efficace ou pas ?
"Autant de pains que de Boulangers" ai-je écris un jour. C'est tellement vrai que cela continu de me fasciner, car j'appartiens désormais à un certain nombre de forums d'amoureux de la Boulange, et je continue à être sidéré par la diversité des pratiques, des protocoles, des expériences, et des résultats obtenus.
Si certains prônent un pain "pur" au goût intact ("Le pain doit avoir le goût de ce qu'il est" dit Rolland), d'autres n'hésitent pas à mélanger avec des ingrédients parfois improbables (des algues par exemple). Si certains restent dans la droite ligne du dogme conventionnel en terme de protocole de fabrication, d'autres s'aventurent dans des protocoles originaux, pour arriver chez certains boulangers talentueux à des résultats somptueux.
Cependant, si certains creusent les raisons profondes des résultats, comme Marc Dewalque dans sa très intéressante synthèse sur l'Autolyse, d'autres utilisent des protocoles aux résultats plus ou moins heureux, mais sans réellement savoir pourquoi ils font ceci ou cela. Nous sommes alors dans une pure démarche expérimentale empirique, qui n'est pas toujours très efficace.
Le sujet de Test d'aujourd'hui va donc concerner l'Autolyse, car je croise de nombreux boulangers qui la pratiquent, mais qui ne savent pas expliquer pourquoi il la font durer une heure, deux heures ou trois, ni exactement ce que cela leur apporte.
L'autolyse c'est quoi ?
La fabrication du pain passe par une série d'étapes clés que l'on peut globalement résumer de la manière suivante :
- Pétrissage (mélange et travail des ingrédients pour arriver à une pâte à pain)
- Pointage (1ere fermentation)
- Façonnage (on découpe et on pèse des pâtons, puis on les met en forme)
- Apprêt (2ème fermentation)
- Cuisson
Cependant, il existe des sous-étapes, plus ou moins optionnelles ou liées au protocole adopté par le boulanger, en fonction de son contexte, de son équipement, etc...
Par exemple, la phase initiale permettant d'aboutir à une pâte à pain peut elle-même se décomposer de la manière suivante :
- Autolyse (on ne mélange que la farine et l'eau, sans ajouter de sel ni de ferment, et on laisse reposer).
- Frasage (on ajoute et on mélange tous les ingrédients restants)
- Contre-frasage (on ajoute éventuellement de la farine).
- Bassinage (on ajoute jusqu'à 10% d'eau, si besoin)
Pourquoi l'autolyse ?
L'objectif de l'Autolyse est de donner le temps à l'amidon du blé de capter l'eau qui lui est adjointe, en laissant le mélange reposer un certain temps avant la suite du processus. Cela permet aussi au réseau de gluten de se former et de se détendre, ce qui est censé faciliter et réduire le pétrissage mécanique ensuite, et donc réduire la durée de fabrication, mais aussi la quantité de gluten formée.
Dans mon cas, vu que je pétris à la main des farines faibles en gluten, la réduction du temps de pétrissage n'est pas un objectif : là où l'on pétrira 12 à 20 minutes au pétrin mécanique avec un blé moderne et un pétrin mécanique, je travaille ma pâte généralement 10 fois moins à la main.
Si la théorie veut que l'autolyse ne passe pas une heure, certains boulangers n'hésitent pas à autolyser pendant 2 voire 3 heures. Selon Marc Dewalque, "Un boulanger parisien (Phillipe Gosselin) ayant obtenu le prix de la meilleure baguette en 1996 employe une belle expression pour qualifier l’autolyse de 2 heures qui précède sa pâte ; «Ainsi l’eau s’accomode bien avec la farine » (voir S. KAPLAN, p.391.) ".
La théorie c'est bien, mais en pratique ça donne quoi pour moi ?
Il y a tellement de pratiques différentes que je peine à identifier celles qui sont pertinentes pour moi, et surtout celles qui sont compatibles avec mon mode de fabrication manuel.
Pour savoir ce que l'autolyse peut m'apporter, je vais donc fabriquer 6 pains, selon les 6 protocoles suivants :
La sémantique étant parfois délicate, je vais repréciser ces étapes et l'objectif recherché.
Initalement, je fabriquais mes pains selon le scénario A : un mélange de tous les ingrédients, puis un pétrissage manuel, avant une fermentation de 16h au frigo à 7/8°C (phase nommée "pointage en masse").
Au travers de mes tests, je me suis aperçu que si je laissais mes pâtons fermenter une heure à température ambiante (idéalement 22/23°C) avant de mettre au froid pendant 16h, le résultat était très supérieur. C'est le scénario B. C'est le protocole que j'avais désormais jusqu'ici et qui me servira donc de point de référence.
Comme je n'ai jamais testé une phase de fermentation plus longue à température ambiante avant mise au froid, j'ai intégré le scénario C : le pâton restera donc 2h à température ambiante avant d'être mis au frigo.
Le scénario D introduit la notion d'autolyse (1h) dans le scénario A : la farine et l'eau sont mélangés (ce que j'ai nommé ici frasage), et le mélange repose 1h à température ambiante, avant que le sel et le levain ne soient ajoutés. L'ensemble est alors pétri et placé 16h au frigo.
Le scénario E ajoute une heure d'autolyse au scénario B.
Le scénario F, pour finir, vient ajouter une heure d'autolyse au scénario C.
Nous allons vérifier les hypothèses suivantes :
- Est-ce que l'heure de pointage avant la mise au froid se révèle toujours importante ?
- Est-ce que 2 heures de pointage seraient plus intéressantes ?
- Est-ce que ajouter une heure d'autolyse ajoute quelque chose à mon pain ?
Résultats :
Il y a de très légères différences d'aspect exérieur entre les pains obtenus, lié au développement de leur mie.
Une fois coupé, le pain "A" montre une mie plus compacte (proche de la semelle), ce qui est le constat qu'il m'a amené à adopter le scenario B.
Le pain B est conforme à ma production habituelle. Le pain C a tendance à être un peu plus développé, mais cela reste subtile.
Les trois pains autolysés (D, E, F) ont demandé plus d'attention, mais le résultat, visuellement, est inférieur aux trois premiers. Le pain E est celui qui s'est le moins développé.
Au goût, les 4 goûteurs n'ont pas réussi à les départager.
Conclusion :
- Dans mon contexte de production actuel, l'autolyse n'a montré aucun effet positif, voire plutôt l'inverse.
- Le scénario A confirme son infériorité
- Les scénarios B et C resteront ma préférence, selon mes contraintes de fabrication.
Il est très possible que cette absence d'impact positif soit lié à mon pétrissage manuel. Il me faudrait donc faire une autre série de tests pour comparer les effets du pétrissage manuel et du pétrissage mécanique, avec ou sans autolyse.
/image%2F2357672%2F20170501%2Fob_e0fc0b_imag5320.jpg)

![[TESTS] Autolyse : efficace ou pas ?](https://image.over-blog.com/J_Z45sAySsSqLAjLwVY-Os8vqTg=/200x150/smart/filters:no_upscale()/image%2F2357672%2F20171008%2Fob_4fb9b8_imag6123.jpg)
![[TESTS] Autolyse : efficace ou pas ?](https://image.over-blog.com/wyXWQe6uvnAuNgnecJqMYR70KvI=/200x150/smart/filters:no_upscale()/image%2F2357672%2F20171008%2Fob_3c14fc_imag6124.jpg)
![[TESTS] Autolyse : efficace ou pas ?](https://image.over-blog.com/tkRiZlEflXRsWHfe7yz3CBlycm0=/200x150/smart/filters:no_upscale()/image%2F2357672%2F20171008%2Fob_3dfac3_imag6125.jpg)
![[TESTS] Autolyse : efficace ou pas ?](https://image.over-blog.com/Lmz3ZwYra1FRMjBa1pEXUbWKn4Q=/600x450/smart/filters:no_upscale()/image%2F2357672%2F20171008%2Fob_b4f68a_imag6126.jpg)